JOURNAL

QUAND LE RELEASE TECHNIQUE RENCONTRE LE JAZZ

Tout mon travail se fonde sur l'improvisation. Elle me permet de découvrir des formes, des dynamiques mais surtout des contenus corporels qui, en me surprenant, sont travaillés dans toutes les directions, répétés puis complètement incorporés. LQuand ils émergent dans une composition improvisée face-camera, je les reconnais et peux encore opéré des variations, des limitations ou des expansions. En revisionnant les enregistrements, j'apprends aussi autrement et un peu plus sur moi-même...

Ici, l'improvisation est clairement au croisement du modern'jazz et du release technique. J'aime le côté non-spectaculaire et décontracté de cette improvisation et désire enseigner le Modern'jazz en ce sens en 2023, en tenant compte des aspect historique de la danse et de la musique Jazz.


PERFORMANCE DE CONTACT IMPROVISATION

Le 10 septembre, la municipalité de Nyons (26110) organise son annuel Forum des Associations, un moment de visibilité pour toutes les associations locales. L'une d'elles, L'Ile Verte, accueille mes cours depuis 2020 et, cette année, reçoit mon cours de Contemporain Mix dans lequel la pratique du Contact Improvisation tient une place importante. Avec les danseurs aixois Fabrice Cauchard et Adrien Fried-Fillozat et le guitariste improvisateur Maurice Badez nous avons improvisé avec comme seule intention de démarrer ensemble en contact et de finir chacun détaché mais pétri du contact. Une sous-partition légère qui a donné ceci:


ÉCRITURE AUTOMATIQUE POST-JAM

Entendre mes cheveux coincés dans ma capuche. Parasitée de crépitements de bois derrière les oreilles avec des petites touffes de poils raides comme des joncs au sommet des lobes. Un lynx étend son cou comme un petit vers de terre à moitié endormi.

Tendre la main avec des micro-antennes sur le bout des ongles.

Des yeux de mouches logés dans les tâches de rousseur de ma peau.

Le sol vient à moi comme un tapis roulant de supermarché, m'apporter les têtes, les coudes, les creux des genoux que je scanne en silence.

Mon attention est telle que j'ai arrêté de respirer.

Un mur de poupées de chiffon se lie contre ma progression. Une se dérobe. Une autre la remplace. C'est infini. Je n'y arriverais jamais. Je veux dire: je n'arriverai jamais de l'autre côté. Leurs frottement sont des ressacs de bords de mer. Ils me chavirent. Mais je maintiens le cap. Cap Cap. Cap' ou pas cap'? Capitaine Lynx aux tentacules feutrées.

Tout s'ouvre soudainement.

Je navigue sur le bois. La rumeur est derrière moi . Elle chatouille encore ma nuque.

Mon front pénètre l'invisible droit devant.

Éphémère mantra de la mente religieuse, ma tête bourdonne un cri de vide.


MOTS CELLULAIRES ET AUTRES ARAIGNÉES D'ACRYLIQUE

La commune de Beauvoisin en Drôme provençale et l'association locale Les Chantiers Funambules ont organisé la veille de l'équinoxe, un Dimanche 20 mars, une soirée d'improvisation et de lecture poétiques. Cela à l'occasion de l'événement national Le Printemps des Poètes dont la thématique était l'éphémère.


Cette soirée a pris forme comme un accident innocent. Secrètement préméditée la veille dans une hâte chaleureuse par nous. Nous étions quatre poètes, une harpiste, une plasticienne et une danseuse. Nous étions un dispositif à nous-mêmes, nous hybridant quelque part entre le laborantin et le lapin blanc. La veille de la représentation, nous ignorions encore la structure et l'ordre de passage. Mais nous connaissions nos durées et nos limites. Cela a joué pour beaucoup dans la clarté qui a ordonné, une heure avant le spectacle, toutes les certitudes du minimum nécessaire. Sept protagonistes si différents se sont donc prêtés ensuite au je, dans une combinatoire rythmant les intensités et horizons, offrant du sensible et du sens à ceux venus les recevoir:

0. Temps zéro du spectacle: la présence des œuvres de Florence GOSSET. Des peintures, des traces, des empreintes des jets sur d'immenses papiers de soie. Un même thème: courbées par le vent, la révérence des herbes folles, roseaux et marisques de Camargue. Vent et végétaux ne formant qu'un. Chaque panneau de soie faisant face au public.

1. Robert HAMMON lisant ses poèmes debout avec Jeanne-Marie AUBERT assise, le bout des doigts sur sa harpe celtique

2. Roland HÉLIÉ lisant seul, assis au milieu de la scène sur un tabouret de bar, 3 textes. Puis se retire dan le fond de la scène

3. Un temps d'entrée en scène pour moi, un temps de respiration et d'immobilisation, puis la reprise de la lecture par Roland HÉLIÉ de trois textes qui m'étaient inconnus

4. Joëlle-Claude MEFFRE, réinstalle le tabouret de bois au milieu de la scène et lit seul quelques proses entre paysagisme et psyché

5. Alain NOUVEL  lit seul aussi mais, ensuite, reprend le tabouret et va s'asseoir dans le fond de la scène comme l'avait fait Roland, me laissant la possibilité de revenir en scène. Un contrat convenu, un repère spatial qui me permettait d'entrer d'une manière complètement nouvelle et complémentaire à l'entrée précédente.

6. Quelques mouvements improvisés sur un matériau qui m'habite depuis janvier dernier, petites syllabes ténues de SOUEN, mon solo en cours de préparation  jouant  la relation au vent. Puis silence du corps. Alain NOUVEL pose alors des mots d'un poème improvisé. En échos ou le précédant dans ses intentions, mes mouvements émergent entre descente somatique et remontées symboliques et inversément. Entre déplacement global du corps et articulations du regard et des mains.


VESTIGES - EXTRAITS DU JOURNAL DE BORDS DE CRÉATION PRINTEMPS 2021

Voir aussi l'onglet CRÉATIONS

Voir aussi LES VIDÉOS


DEVENIR SITE SPECIFIC

Le 15 avril 2021, le batteur/compositeur Raphaël Seguinier et moi nous rencontrions pour la première fois sur un projet commun, sans aucune idée des suites possibles car nous sortions tant bien que mal d'une période de reconfinement avec, à la clef, les annulations des concerts de Raphaël (qui est, entre autres, le batteur accompagnant Arthur H) et l'incertitude quant à la disponibilité future de chacun pour ce projet.

DISPOSITIF: 3 ACTEURS

Lui, la composition musicale avec, notamment, un dispositif fait d'ardoises martelées et de sampleurs divers. Moi, mon corps prêt à improviser sur différentes partitions que j'avais déjà fixées en mars, notamment lors du mentorship avec Nita Little. Enfin, le troisième acteur n'est autre que le lieu qui dès les premières secondes nous impactent : il y fait froid, les fenêtres sont obstruées, les murs sont nus. Mon espace de danse est de 25 m². Raphaël s'est installé de l'autre côté de la camera. Il me fait face. La vidéo ne nous donne de sa présence que ses décisions sonores, pétries et fracassées par la reverbération du lieu. Pourtant, il est bien là et nous formons un vrai duo ... dans lequel le lieu et ses matière joue les interférences créatives.

ARCHITECTURE - SON - LUMIÈRE

L'après-midi du même jour, nous ouvrons la fenêtre du fond de la pièce. La lumière pénètre donc du coin supérieur gauche de l'espace scénique et tombe sur moi alors que je m'assieds au fond de la salle. C'est alors que je sursaute face à la coïncidence: Vestiges parle de mémoire. La gauche d'une image représente souvent l'origine ou le passé. Le fait que ce coté soit le côté éclairant est donc très important. Ce côté fait face au soleil couchant pendant l'été. C'est donc une ouverture sur une lumière non directe. Cela augmente chez moi le sentiment d'intimité et l'intériorisation. Mon inconscient avait choisi ce lieu depuis longtemps, à l'abri de ma conscience. Procéder aujourd'hui à une création en son sein, provoque la remontée à la surface d'affects et de symboles jusqu'alors tapis dans le fond de mon inconscient. 

Si on observe le mur droit, on y voit des fausses fenêtres. Il n'y a jamais eu d'ouverture de ce côté. Cela semble absurde, si on considère les besoins en lumière et en chaleur de l'époque, les ouvertures de cette chapelle auraient du être inversées et le soleil de midi à 16h en hiver, aurait réchauffé l'intérieur de la chapelle. Architecture pénitente. Mais que faisons-nous ici?

Dans la compilation ci-dessous, sont présentés les improvisations tirées en un après-midi. Raphaël malaxe, ingurgite et régurgite ses sonorités mais aussi les miennes: deux micros tendent en effet l'oreille vers l'espace scénique. Ainsi, "Lait Minéral" poème complètement improvisé, procède par boucles et par échos. Nita Little me disait à ce sujet que les mots circulaient dans l'espace. Mon immobilité soudaine face "au public" contrastait donc avec cette autre part de moi, mes propres mots, se jetant contre les murs. Après cette expérience de prise de parole, je me sentais avoir un nom et le droit d'être aussi un humain alors que tout le reste du temps où je danse, j'apparais comme une forme qui n'exprime presque rien et se répète comme une machine. Cette distance entre expression et forme met en tension toute la performance.



CE QUE LE CONTACT IMPRO FAIT À MES PERCEPTIONS

Après un temps d'improvisation ou jam, il est fréquent que certains danseurs prennent un temps pour écrire ou dessiner. Récemment, j'ai eu l'opportunité de rencontrer une danseuse contact avec qui le mouvement fut partagé ainsi que la voix. Après un temps de rencontre par le toucher et l'échange du poids de nos corps, prêtant attention à ce que le contact produisait en nous-mêmes, ma nouvelle partenaire m'invita à un temps d'écriture automatique. Chacune avons écrit à notre façon. Voici ce qui arriva tant dans mon expérience que, au fond, dans mon écriture.

Le sol est lisse. Mon corps est dessus. Tout froid.

L'air est là. Nous sommes un peu là.

Fracas silencieux. Une part de moi est touchée. Par quoi? Je ne sais pas.

Velouté chaussette!

Le sol est moi. Elle, elle est dans l'air et sort du sol.

Picotements, scintillement. Je respire des picotements sur des lieux de moi grâce à toi, Velouté Chaussette.

C'était où déjà? Les murs sont avec l'air et collent à nous.

Mon corps est de la vieille lave. Je coule avec rires avec vertèbres dans les membres.

Des cheveux, mais surtout une invasion de petits chevaux. Trottent et picotent pour me donner une direction.

Je suis bien trop occupée à capter les information du galop tactile. Je n'ai pas le temps d'atteindre.

... Mais pour aller où?

Les cloches sonnent en se balançant. Je les vois dans mon thorax. Leur bruit est couvert par les minuties nomades courant sur peau et textiles.

Je découvre que je peux respirer et être avec toi. Je suis à la maison dans ton dos. Les fenêtres scintillent et nous tapotons des doigts dessus.

Je ne sais pas si je sens ton intention mais ma colonne est prête quand tu touches mes membres. Mon bassin prend des décision de capitaine de bateau. Bâbord, Tribord! Le coccyx en figure de proue. Ma tête suit comme une queue.

Trop de toucher, marée montante.

Je ris pour respirer encore mieux.

Mes yeux sont touchés par tes yeux qui scintillent et tout mon corps disparaît d'un seul coup.

Puis le poids revient. Ma masse se pose sur les leviers, pilastres, échafaudages d'os et de bois, tous en mouvement.

Je suis en mode de survie. Le minimum est énorme.

Ca fait longtemps. Non, c'est nouveau!

Je ne sais pas mais mes rotules glissent pour nous sur le sol.

Trop devient tout devient là. Je ris.

C'est plein de textiles et d'air, cette danse!

Tu tires et tu pousses. Tout mon corps n'est pas présent à cela mais une partie seulement.. puis, le tout vient.

Une partie, puis le tout. Tout ne peut pas être là. Je viens de loin. J'essaie d'arriver entière ici.

Tes doigts dans mes omoplates, tu téléguides mes bras.

Comme je les vois bouger, je leur ouvre ma gorge et les bras rugissent.

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LES DANSES DU LIEN : UNE EXPÉRIENCE DE PÉDAGOGIE ENTRE PRATIQUES SOMATIQUES ET PERFORMANCE

"Le lien, c'est comme les lacets : ça se lie et ça se délie. Danser le lien, c'est aussi se lier et se délier... à l'intérieur de soi et avec les autres.

Chaque atelier porte sur la libération du mouvement. La guidance renforce la mémorisation et la conscience afin que les mouvements s'échangent entre danseurs. Solo, duo, trio ou totalités mouvantes seront expérimentés. En accord avec ce qui émerge de tout cela, des techniques de Danse Contemporaine et de Contact Improvisation seront proposées afin de nourrir les liens en soi, avec le groupe et la musique. Du corps individuel, nous passerons progressivement à un corps collectif, telle une compagnie de danse momentanée réalisant de courtes performances. Les Danses du Lien sont un espace de rencontre entre danseurs expérimentés et danseurs débutants de tout âge. Seul compte le désir de créer ensemble dans l'instant présent. La pédagogie et les apports techniques s'adaptent au groupe et à sa diversité."

C'est ainsi que j'introduisais en 2020 les Danses du Lien. J'avais demandé à un graphiste, danseur par ailleurs, de s'inspirer de cette performance de Trisha Brown montrant à la fois le jeu du lien et de la gravité pour créer un visuel singulier.

EXEMPLES CONCRETS

SÉANCE 1# AUTOMNE 2020

Le premier atelier des Danses du Lien a accueilli 4 participants âgés entre 35 et 66 ans, un homme et trois femmes. La première chose qui m'a marquée était qu'un si petit nombre de danseurs débutants puisse habiter l'espace tout entier avec un engagement complet dans l'expérience proposée. Une certaine grâce (en étaient-ils conscients?) émanait de leur concentration et leur réceptivité à cette forme particulière de l'enseignement de l'étude du mouvement individuel et collectif. Pendant trois heures, l'espace fut nourri de leurs déplacements, de leurs explorations et de leur contagieuse joie de composer ensemble. Cette occupation totale de l'espace-temps de 4 personnes montre que le lien est un acteur en soi, complexe, fluctuant et multidirectionnel. La qualité de ce lien a introduit dans la salle de danse des présences supplémentaires à celles des corps. Quelque chose était palpable dans l'air.

MÉTHODE

La séance s'est déroulée en flux continu hormis un bref moment de précision théorique anatomique - il est vrai que nous observions aussi le lien à l'intérieur du corps. J'avais, à cette première occasion, opté pour un focus sur le mouvement distal et les ligaments. Comme la pédagogie est inductive, nous sommes partis de l'exploration pour, ensuite, lors de ce bref moment théorique, se saisir de quelques notions sur les ligaments qui allaient engager une nouvelle exploration, plus approfondie... débouchant sur de premiers solos marqués par l'esprit chorégraphique des ligaments. Cela a l'air un peu ésotérique mais l'écoute profonde de parties précises du corps permet au danseur de saisir les potentiels du mouvement et donc d'accroître son vocabulaire. Il existe donc une tension fondamentale à l'apprentissage de l'improvisation où l'ultra focalisation sur un détail du corps ou l'instauration d'une règle de composition permet de nuancer, de densifier et de nourrir le langage spontané du corps dansant. Cette pratique de l'écoute du corps est la Somatique : les cellules du corps informent celles du cerveau et inversement. C'est une façon d'éveiller la conscience corporelle. Quant à l'éveil de l'espace-temps du danseur et du groupe entier, je pause des règles simples : points de départ ou petits défis. Ceux-ci sont tirés de mes expériences auprès d'enseignants en improvisation théâtrale, de chorégraphes, dont David Hernandez à P.A.R.T.S (Bruxelles) et, enfin, de la sociologie, science des dispositifs humains.

Dans les Danses du Lien, nous ne faisons donc pas appel aux images ou aux narrations... le mental est laissé en veille au profit des sens et de l'art de jouer, de composer avec autrui dans un cadre donné.  Sans rien ajouter à ce qui est déjà là, les Danses du Lien sont une pratique de l'attention à soi et à autrui par l'exploitation des potentiels corporels et spatio-temporels... ce qui en fait à la fois une discipline contemporaine de part son épure et sa réflexivité mais aussi une discipline de pleine conscience sur les relations humaines.

Aborder le lien de cette manière pragmatique, en jouant à partir d'une focalisation anatomique et de règles précises, est une voie permettant aux danseurs improvisateurs débutants d'apprécier ce qui se tisse dans une improvisation individuelle ou collective. La liberté du danseur est alors vécue dans l'art de composer et de "faire avec".  C'est là que le corps devient pensant, sans interférence du mental, jouant des géométries intérieures et relationnelles, s'observant lui-même et le tout comme un acte chorégraphique.

DÉROULÉ

L'atelier a démarré avec une courte méditation, le corps allongé au sol. Une méditation partant d'une question volontairement vague et polysémique: "Qu'est-ce qui, aujourd'hui, dans mon corps, est lié?". Puis, une seconde question "Qu'est-ce qui, aujourd'hui, dans mon corps, est délié?". Laisser planer la question par-dessus le corps... puis laisser glisser la question à travers le corps. Peut-être, si cela est clair, poser la main sur une zone du corps qui répond à la première question... puis poser la main sur une zone du corps qui répond à la seconde question. C'est un moment de profonde acceptation, sans jugement, sans vouloir changer quoique ce soit à soi-même. Les observations personnelles sont gardées secrètes.... bien que chaque participant est libre de communiquer à ce sujet lors du cercle de partage.

De cette méditation, le corps va progressivement se mettre en mouvement à partir du bout des doigts. Seules ces parties sont en mouvement. Puis comme un réveil progressif, en maintenant le bout des doigts comme initiateur du mouvement, telles des têtes chercheuses ou des antennes, le mouvement va se propager du bout des doigts à la main, au poignet, à l'avant-bras.. jusqu'à la colonne vertébrale. Vus de l'extérieur, les bras semblent se transformer en serpents; mais, dans leurs grandes ondulations ou leurs secousses, les bras emportent la clavicule et le haut du dos. Tracté vers le haut, appelé à s'asseoir ou à s'élever, le corps s'organise d'une façon nouvelle car le but est bien de continuer à propager le mouvement tout en gardant les doigts comme initiateurs du mouvement. Témoin de ce moment critique, j'interroge dans ma guidance les danseurs: "Comment le corps s'organise-t-il pour soutenir l'initiation du mouvement? Et pour soutenir la propagation du mouvement? Est-ce que le corps soutient ou suit?"

En introduisant le double concept de Suivre/Soutenir dans l'expérience individuelle, démarre notre longue exploration du Lien qui s'éprouvera aussi, les dimanches suivants, dans l'interaction entre danseurs. En d'autres termes, ce qui sera exploré, c'est le passage de "Comment mon corps suit/soutient une intention?" à  "Comment mon mouvement suit/soutient ce qui se construit entre nous?" Enfin, nous verrons les paradoxes du Suivre/Soutenir, à l'intérieur du corps et en interaction, en goûtant aux différentes situations : l'abdication, le désengagement, l'abandon ou simplement le retrait, le lâcher-prise qui sont d'autres manifestations du Lien.

Les danseurs sont debout, assis ou encore couchés... mais en mouvement total, guidés par leurs doigts et assurés par leurs pieds. C'est le moment idéal pour redémarrer le processus avec les extrémités des orteils. Sans brûler les étapes. Le mouvement se propage le long des jambes et atteint le bassin. Et là, de nouveau le Suivre/Soutenir opère. Une participante rapportera en fin de séance à ce sujet qu'elle avait pu permettre à son bassin de mieux s'organiser par rapport à l'orientation de ses pieds au sol. Son corps s'était adapté de manière surprenante et nouvelle sans se déséquilibrer. Aussi, ce que j'ai pu observer durant cette séquence était l'ouverture progressive du corps. Enfin, l'expérience se termine par un jeu d'alternance entre initiation du mouvement par les doigts et par les orteils. Moi-même expérimentant avec les danseurs cette danse étrange, je me sens soudain l'envie de lancer un appel vital : Connectez les mouvements de vos membres à votre centre! Le centre dont il est question se situe entre le pubis et le nombril, lieu connu aussi sous le nom de Tantien, centre de gravité et d'énergie. Et, de là, nous avons "respiré nos mouvements" de l'extrémité de nous-mêmes à notre centre, élargissant encore plus l'amplitude de nos mouvements et déplacements.

Intervient alors une petite pause théorique en cercle où je pose le terme "distal" et refais quelques mouvements distaux sans grandes explications: initiés à partir des extrémités du corps. [Le dimanche 4 octobre, nous étudierons le mouvement proximal, généré à partir des zones les plus proches du centre du corps]. Ensuite, ce fut au tour des ligaments de prendre place dans le cercle. A quoi servent-ils? Que nous apprennent-ils sur notre mobilité et nous-mêmes? Que font-ils avec les os et les muscles? Et les organes? Comment nous les apprécions-nous dans notre danse?

"Les ligaments déterminent les limites du mouvements entre les os en maintenant les os ensemble. Ils guident les réponses musculaires en déterminant le passage du mouvement entre les os, et ils maintiennent les organes dans les cavités thoracique et abdominale.Ce système procure spécificité, clarté et efficacité en ce qui concerne l'alignement et le mouvement des os et des organes. C'est par l'esprit des ligaments que nous percevons et que nous exprimons notre clarté d'intention et notre attention au détail"Bonnie B. COHEN, "Sentir, Ressentir et agir" (2016), Ed. Contredanse, Bruxelles.


Forts de cette mise en lumière de "l'esprit des ligaments", nous avons exploré individuellement cette notion de limite, de précision, de soutien des os. Chacun s'est focalisé sur un groupe de ligaments bien localisés: ceux du poignet, du genou, de l'emboîtement du fémur droit dans l'os iliaque, la première vertèbre cervicale, etc. Première action: Induire une intention particulière sur cette zone choisie, produire un mouvement minuscule ou immense, étirer au maximum, jouer avec les amplitudes, le rythme. Deuxième action: placer son attention dans ces intentions et laisser le corps réagir. Cette ultrafocalisation amène un mouvement, localisé ou global. Quelque chose émerge. Troisième action: jouer avec cette danse émergente... puis revenir à la focalisation minutieuse du laborantin, et répéter l'opération. Nous nous retrouvions donc chacun dans notre propre sphère de mouvement à "essayer quelque chose avec quelque chose de nous". En fin d'exploration individuelle, chacun a présenté un solo sur base de son expérience. Lors de nos échanges, une participante observait : "on arrive à un point où le corps se déséquilibre et reprend son équilibre dans une nouvelle position, une nouvelle direction et une nouvelle qualité de mouvement. La danse du lien intérieur est peut-être cela : un dialogue sur les limites des liens entre les différentes parties du corps, déplaçant ainsi le centre de gravité dans l'espace.

Dans l'étape suivante, le groupe s'est divisé en duos. Un partenaire était soliste face à un partenaire témoin de la danse solo. Le danseur s'offre une danse pour lui-même mais sait qu'elle est aussi reçue par le témoin. Le témoin ne cherche pas à interpréter ni comprendre. Il laisse les éléments de la danse venir à ses sens et observe en lui-même les effets produits par cette contemplation. Son attention se porte sur la réception. Une fois le solo accompli, le duo s’assoit face à face. Chacun va prendre la parole pendant 2 minutes. Le danseur décrit sa danse. Le témoin décrit ce qu'il a vu. Pas d'images, pas de jugement personnel pas de projections émotionnelles. Juste le mouvement décrit par les parties du corps engagées, la durée, l'espace, l'amplitude, le rythme, la forme, la direction, la posture du corps, etc. Les faits, rien que les faits, selon la mémoire de chacun. Peu importe l'exactitude, l'important est de ressortir de sa mémoire ce que le corps a produit dans la danse ou a reçu lors de la contemplation.  Un deuxième dialogue laissera ensuite libre court aux sensations et états personnels du danseur, puis du témoin. De nouveau, sans interprétation, sans expliquer, sans analyser, sans juger. L'exercice est particulièrement exigeant. Il est fondamental d'une pratique qui interviendra souvent dans les Danses du Lien : le Mouvement Authentique. Nous nous inspirons de la méthode de Janet Adler en opérant une insistance sur la distinction entre "ce que j'ai vu" et "ce que j'ai ressenti" afin que le registre émotionnel (porte ouverte aux projections et jugement) soit post-posé et pesé dans un cadre bien énoncé auparavant. Pour des danseurs découvrant cette méthode c'est un vrai challenge : danser sans se juger et échanger sans jugement. Danser librement mais en face de quelqu'un. Danser librement puis tenter de se souvenir de ce qui s'est passé dans cette danse... Autant de défis pour une danse pleinement consciente posée dans une relation humaine qui dépasse le cadre simplement artistique pour embrasser des abîmes ou des atmosphères parfois indicibles. Cette première expérience de Mouvement Authentique dans le cadre de cet atelier m'a poussée à phaser la découverte de la pratique afin que chaque dimension et enjeu du Mouvement Authentique puisse être incorporé par les danseurs.

Enfin, nous avons passé la dernière demi-heure dans un long Round Robin... ou cercle d'improvisation. Au centre du cercle, deux danseurs maximum. L'entrée dans le cercle demande au danseur d'entrer en écho avec le solo déjà en place. Un temps de duo est autorisé mais pas trop longtemps afin que le nouveau arrivant explore son propre solo. Pendant ce temps, le cercle de témoins de la danse reste actif, en mouvement, se déplace pour observer la danse sous différents angles. C'est une façon d'opérer avec la spatialisation du solo ou du duo qui ouvrira, dans les prochains ateliers, la voie à la composition spatiale, véritable outil chorégraphique également accessible à des danseurs improvisateurs débutants.

Ainsi de suite, les danseurs se sont succédés au centre dans un esprit de jeu. La musique était présente. C'est pourquoi j'ai pris soin de demander à chacun de choisir, dans leur danse, ce qu'ils faisaient de cette présence sonore : la suivre, la contre-carrer, ne pas s'en soucier, l'amplifier, la diminuer, etc... Autant de rapport à l'environnement sonore et musical qui seront étudié tout au long des ateliers suivants. Sans entrer dans de grandes exigences, nous nous sommes offert une demi-heure de joie, de sensibilité et de découvertes.

Durant les dernières 10 minutes, j'ai autorisé trois personnes dans le cercle mais ai demandé une rotation plus rapide des interventions. La tension est montée, l'excitation aussi... Cette énergie m'autorisa d'exhorter le groupe de danseurs: "Casse les règles, casse le mouvement, casse le cercle, garde le lien!" Sans plus aucune consigne ou contrainte, nous avons tous dansé, tous composé en étant reliés. Puis il a fallu trouver une fin vers une quasi-immobilité. Ce chemin prend un certain temps et c'est plutôt appréciable de se donner ce temps pour observer les reconfiguration internes et externes de la danse. Une fois la fin trouvée, certains danseurs étaient en contact, d'autres un peu plus à l'écart, mais tellement là. Respirer cette fin, maintenir notre position finale tout en regardant où se situe chacun, laisser nos joues se détendre et nos regards s'adoucir et tomber dans celui de chaque partenaire. Puis, projeter nos regards dans les espaces vides autour de nous, vers d'autres danseurs, invisibles. Enfin, dans un dernier mouvement collectif alors que nous maintenions notre quasi-immobilité mais que nos yeux lançaient des lignes de consciences tout horizon, nous avons jeter nos regards par-delà les murs de la salle, vers les rues de Nyons, ses montagnes, ses habitants et vers la planète entière. Chaque danseur a refermé les yeux et dans un inspir, s'est retiré de sa position finale pour transiter vers un cercle d'échanges et de clôture.

RÉCAPITULONS

  • Temps d'accueil
  • Le groupe se déplace dans l'espace et en prend connaissance avant de se trouver une place pour s'allonger au sol.
  • Première expérience : Méditation d'ouverture
  • Deuxième expérience: Réveil du corps à partir du bout des doigts. Mouvement distal des membres supérieurs et entraînement du corps qui suit/soutient. Idem mais avec les orteils comme initiateurs du mouvement. Alternance des mouvements distaux des membres supérieurs et inférieurs. Libre composition.
  • Pause théorique : mouvement distal / introduction aux ligaments
  • Laboratoire autour des ligaments. Création d'un premier solo offert au groupe.
  • Initiation au Mouvement Authentique
  • Round Robin


SÉANCE 2# AUTOMNE 2020

Sept personnes ont rejoint les Danses du Lien pour cette deuxième séance. Sept femmes, âgées entre 40 et 70 ans. Je suis la plus jeune. Comment tenir compte des dimensions de genre et de génération dans la pratique qui nous occupe ici? Quelles attentes et routines sont automatiquement, inconsciemment, à l’œuvre dans mon attitude et mes attentions en tant qu’enseignante ? Quelles surprises et invitations vont bousculer mes habitudes de penser le genre et l’âge ? La non-mixité sexuée et la diversité des âges aiguisent mes sens autrement. La clarté à ce propos viendra plus tard. Essayons de retracer d’abord cet atelier!

Le cercle d’accueil s’ouvre sur un tour des prénoms et de la météo personnelle. Celle-ci me permet d’ajuster si nécessaire le programme du jour. Elle permet à chacune d’être reçue telle quelle.

DÉROULÉ

Sans quitter notre cercle d’accueil, je propose à chacune d’écouter silencieusement, en elle-même, le tintement du mot « Lien ». Quels mots vous viennent ? C’est un jeu de champ lexical où chacune va émettre un mot ou deux ou trois…

Voici ce qui, ce jour-là est ressorti du cercle :

o   Le lien intérieur et extérieur

o   Renouer

o   Le lien organique 

o   L’humanité

o   La connexion

o   L’interaction

o   Les fluctuations

o   Le contact

o   Allez vers

o   Boundaries (NDLR : les limites, les frontières)

o   Avec Moi Les Autres !

o   Sans lien

Les mots sont posés, sans explication personnelle ou justification. Ils sont reçus au centre du cercle. Au vu de la plénitude et de l’autonomie des mots, je décide de ne pas nous engager dans la méditation rituelle de la première séance. Laissons résonner cela. Nous nous étirons simplement au sol, comme dans notre lit, un dimanche matin. Ça tombe bien, on est dimanche.  

Après moult bâillements bien assumés et roulades au sol en étoiles de mer, nous regagnons l’immobilité, toujours allongées au sol. Ce qui suit va durer une heure (lorsque la conscience rassemble toutes les parties du Soi et s’ouvre à l’inconnu, le temps est tout relatif !).

Des extrémités du corps jusqu’à son centre, j’invite chacune à déposer au sol chaque partie d’elle-même, chaque segment, os, muscle, nerf, organe, liquide, cellule… abandonner tout cela à la gravité terrestre. Nous prenons soin de le faire, au point que le corps perçu par les sens semble désassemblé : toutes les articulations, ligaments et tendons ne répondent plus de rien. Plus aucun mouvement n’est alors possible. Nous restons présentes à ce déliement intense. Nous ne nous effondrons pas pour autant : nous sommes juste, temporairement, dans l’abandon de toute intention de mouvement. « Stillness », dit-on en anglais dans la culture de la danse post-moderne.

Dans le calme du ventre, une petite lueur s’allume dans le Tantien. Comme un premier souffle, une émergence. J’invite par cette image à passer de la visualisation à la sensation-même d’un Tantien qui s’éveille et s’apprête à jouer un rôle important pour le reste du corps. Il va communiquer la possibilité de relier les différentes parties du corps à engager dans le mouvement… sans produire un mouvement réel mais juste une sensation de possibilité de mouvement, une motilité. Sentir cela comme un potentiel, dans diverses directions autour du Tantien est déjà un solo de danse pour chacune à l’échelle de l’intime intention. Le centre du corps, activé et conscient, devient l’émetteur de vecteurs. Son souffle ou son rayonnement sont l’énergie portée par ces vecteurs. Les articulations et entremêlements de tissus divers sont associés, réassemblés à partir de la communication du Tantien. Se recomposer en sentant vecteurs et énergies offre à l’intelligence corporelle de nouveaux chemins et rafraîchit les autoroutes habituelles de la volonté de mouvement. Enfin, des mouvements peuvent se produire. La motilité est alors traduite en mobilité. Je vois les danseuses se donner du temps pour sentir cela. Certaines semblent encore immobiles mais je sens leur attention. Quelque chose est en marche en elles et réassemble ce qui a été désassemblé. J’aimerais introduire la proposition de Nita Little sur la conscience de ce qui s’assemble et se désassemble dans le mouvement. Mais, à l’heure actuelle, je préfère encore ici prendre mon temps avec cette première exploration en focalisant l’attention sur le réassemblage, car, il est vrai, nous venons de loin : nous étions toutes désassemblées ! Se concentrer uniquement sur ce qui se reconstruit après un long processus de déconstruction est un premier stade important que je ne voudrais pas compliquer pour l’instant même s’il existe toujours, dans tout mouvement, des parts de soi qui se délient pour que d’autres se lient, et inversement.

Allongées au sol, les mouvements se succèdent les uns après les autres. Toujours à partir du Tantien. Ce sont des mouvements proximaux, proches du centre et reliés à lui par lui. Certaines danseuses s’élèvent sur leurs genoux ou leurs pieds. Apprécier les mouvements proximaux en faisant varier les points d’appui au sol pourrait constituer en soi tout un travail de composition !

Pour goûter à l’art du contraste dans l’initiation du mouvement, j’invite les danseuses à verser leur attention sur les extrémités du corps en leur donnant, à présent, un rôle de guides. Des mouvements distaux apparaissent. Mains en forme de fusée, pieds chercheurs. Des extrémités capables d’emporter dans leur course tout le reste du corps.  

Variant entre mouvements proximaux et distaux, je leur fais noter qu’elles occupent un espace unique et généreux : la kinesphère. Il s’agit d’une référence à Rudolph Laban, théoricien du mouvement, entre autres. Peu importe la connaissance théorique ou pas de ce terme, ce qui compte ici c’est de conscientiser cette sphère autour de soi qui ouvre vers toutes les directions. Cette sphère semble apparaître plus clairement chez certaines danseuses qui prennent un certain plaisir ou, du moins, une curiosité, à explorer leur liberté, confortablement à l’intérieur de cette sphère. Les mouvements distaux caressent l’intérieur de cette sphère.

Curieusement, toutes se retrouvent assignées à un point précis de l’espace de la salle de danse, comme si le mouvement ne pouvait avoir lieu qu’à l’intérieur d’une sphère immobile. Je me permets alors de les inviter à continuer à se mouvoir dans cette sphère tout en acceptant que celle-ci se déplace dans un espace plus grand, habité des kinesphères des autres danseuses. Je me retrouve en plein cosmos où les danseuses se mettent à tournoyer lentement, prudemment, à la façon diplomatique des trajectoires des planètes de notre système solaire.

Les sphères sont toutes à présent tangibles, conscientisées à partir des mouvements qu’elles autorisent à l’intérieur mais aussi, projetées dans l’espace, en dehors d’elles-mêmes. Certaines sphères semblent se frôler les unes les autres, provoquant de nouveaux tournoiements. L’instant me semble propice à envisager un rapprochement. J’invite chaque sphère à se toucher. Cela ne signifie pas le toucher entre les corps, mais le maintien d’un espace sensible, dynamique et déjà tactile entre ces corps dansants. C’est un moment, je l’avoue, en tant que témoin de ces danses, qui m’émeut toujours. Il est fébrile, intelligent et plein d’instinct. Cette distance est une forme de contact avant le contact. Les sphères de chacune deviennent de plus en plus perméables les unes aux autres. A l’instant où un point de contact clair sonne le glas de l’individualisme des sphères personnelles, un espace plus grand est créé. Celui mû par la rencontre tactile. Du point de contact, partagé au sein de chaque duo, rayonne un nouveau champ d’expansion, une nouvelle sphère. L’enjeu est alors de maintenir son propre espace tout en versant son attention dans le point de contact. « Je suis avec toi, avec moi » devient nous collaborons à une tierce entité, un nouveau corps dansant. Cette perspective n’est pas évidente quand on la découvre pour la première fois. Mon soutien va donc juste rappeler à chacune de sentir comment, à partir de ce point de contact, lui aussi en mouvement entre les corps, il est possible de se déployer, telle une fleur qui s’ouvre vers l’univers. Un lien entre deux êtres peut être l’opportunité d’un épanouissement. Ce moment de mouvement partagé et induit par le contact en rend très bien compte.

Enfin, vient le moment pour moi d’appeler chaque entité double, chaque duo à se séparer le plus doucement possible, en reprenant à l’intérieur de soi le poids, l’intention et l’attention. Ce transfert inverse, revenant vers le soi, permet, une dernière fois de sentir l’espace tactile alors que la distance s’accroît entre les corps. Certaines ressentent encore une sorte d’empreinte. A aucun moment, les personnes ne se quittent vraiment. Elles sont, juste à présent, sans contact gravitationnel, mais toujours habitantes d’une sphère des possibles qui nous embrassent toutes dans cette salle et peut-être au-delà de cette salle.


Les Danses du Lien ont débouchés, fin décembre 2021, sur des ateliers de Danse Théâtre = Tanz Theater (voir ACTIVITÉS)


NOTHING TO HOLD BACK   FROM THE PAST 

En mars 2020, débute une période de peur et de distanciation sociale.. mais aussi, pour moi, un moment de recueillement et d'écoute intérieure où je m'intéresse aux femmes blessées au sein de ma famille. Bondissant un soir hors de mon bureau, camera à la main. Je me suis permise, juste en face de ma maison, dans ma rue, ce temps où hantise et libération semblent évoluer main dans la main. Une partie de ce matériau sera présent, un an plus tard, dans la création de Vestiges.

Turning Pages // 2019

En décembre 2019, je laisse une liste aléatoire de musiques et ma caméra tourner. Mon propos était de simplement d'improviser. Ci-dessous, un extrait de cette matinée d'improvisation avec ce  morceau faussement répétitif du saxophoniste Mark Turner. Est-ce qu'une improvisation peut elle aussi user de la même stratégie ? J'essaie de ne pas me répéter tout en rencontrant de mêmes formes. J'essaie de modifier le rythme en usant exactement des mêmes formes. C'est un très bon exercice.

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Just One more journey in Not-Knowing // 2019

Au cours de deux semaines de pratique du Contact Improvisation auprès de Joerg Hassmann à Berlin,  Andy Kilian et moi nous sommes offerts une impro face camera avec en tête l'idée de ne jamais se quitter, de prendre notre temps, de ne rien savoir, de ne rien vouloir. Curieusement, on ne s'est pas ennuyés.

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