JOURNAL

EXTRAITS DU TRAVAIL EN COURS - CRÉATION VESTIGES

(Pour une introduction plus fine de cette création, voir page "Créations". )

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Le 15 avril 2021, Raphaël Seguinier et moi nous rencontrions pour la première fois sur un projet commun. Lui, la composition musicale avec, notamment, un dispositif fait d'ardoises martelées et de sampleurs divers. Moi, mon corps prêt à improviser sur différentes partitions que j'avais déjà fixées en mars, notamment lors du mentorship avec Nita Little. Enfin, le troisième acteur n'est autre que le lieu qui dès les premières secondes nous impactent : il y fait froid, les fenêtres sont obstruées, les murs sont nus. Mon espace de danse est de 25 m². Raphaël s'est installé de l'autre côté de la camera. La vidéo ne nous donne de sa présence que ses décisions sonores, pétries et fracassées par la reverb du lieu. Pourtant, il est bien là et nous formons un vrai duo ... dans lequel le lieu et ses matière joue les interférences créatives.


ARCHITECTURE - SON - LUMIÈRE

L'après-midi du même jour, nous ouvrons la fenêtre du fond de la pièce. La lumière pénètre donc du coin supérieur gauche de l'espace scénique et tombe sur moi alors que je m'assieds au fond de la salle. C'est alors que je sursaute face à la coïncidence: Vestiges parle de mémoire. La gauche d'une image représente souvent l'origine ou le passé. Le fait que ce coté soit le côté éclairant est donc très important. Ce côté fait face au soleil couchant pendant l'été. C'est donc une ouverture sur une lumière non directe. Cela augmente chez moi le sentiment d'intimité et l'intériorisation. Mon inconscient avait choisi ce lieu depuis longtemps, à l'abri de ma conscience. Procéder aujourd'hui à une création en son sein, provoque la remontée à la surface d'affects et de symboles jusqu'alors tapis dans le fond de mon inconscient. 

Si on observe le mur droit, on y voit des fausses fenêtres. Il n'y a jamais eu d'ouverture de ce côté. Cela semble absurde, si on considère les besoins en lumière et en chaleur de l'époque, les ouvertures de cette chapelle auraient du être inversées et le soleil de midi à 16h en hiver, aurait réchauffé l'intérieur de la chapelle. Architecture pénitente. Mais que faisons-nous ici?

Dans la compilation ci-dessous, sont présentés les improvisations tirées en un après-midi. Raphaël malaxe, ingurgite et régurgite ses sonorités mais aussi les miennes: deux micros tendent en effet l'oreille vers l'espace scénique. Ainsi, "Lait Minéral" poème complètement improvisé de 15 minutes, procède par boucles et par échos. Nita Little me disait à ce sujet que les mots circulaient dans l'espace. Mon immobilité soudaine face au public contrastait donc avec cette autre part de moi, mes propres mots, se jetant contre les murs. Après cette expérience de prise de parole, je me sentais avoir un nom et le droit d'être aussi un humain alors que tout le reste du temps où je danse, j'apparais comme une forme qui n'exprime presque rien et se répète comme une machine. Cette distance entre expression et forme met en tension toute la performance.



CE que le C.I. fait À MON IMAGINAIRE ET MES PERCEPTIONS

Après un temps d'improvisation ou jam, il est fréquent que certains danseurs prennent un temps pour écrire ou dessiner. Récemment, j'ai eu l'opportunité de rencontrer une danseuse contact avec qui le mouvement fut partagé ainsi que la voix. Après un temps de rencontre par le toucher et l'échange du poids de nos corps, prêtant attention à ce que le contact produisait en nous-mêmes, ma nouvelle partenaire m'invita à un temps d'écriture automatique. Chacune avons écrit à notre façon. Voici ce qui arriva tant dans mon expérience que, au fond, dans mon écriture.


Le sol est lisse. Mon corps est dessus. Tout froid.

L'air est là. Nous sommes un peu là.

Fracas silencieux. Une part de moi est touchée. Par quoi? Je ne sais pas.

Velouté chaussette!

Le sol est moi. Elle, elle est dans l'air et sort du sol.

Picotements, scintillement. Je respire des picotements sur des lieux de moi grâce à toi, Velouté Chaussette.


C'était où déjà? Les murs sont avec l'air et collent à nous.

Mon corps est de la vieille lave. Je coule avec rires avec vertèbres dans les membres.

Des cheveux, mais surtout une invasion de petits chevaux. Trottent et picotent pour me donner une direction.

Je suis bien trop occupée à capter les information du galop tactile. Je n'ai pas le temps d'atteindre.


... Mais pour aller où?


Les cloches sonnent en se balançant. Je les vois dans mon thorax. Leur bruit est couvert par les minuties nomades courant sur peau et textiles.

Je découvre que je peux respirer et être avec toi. Je suis à la maison dans ton dos. Les fenêtres scintillent et nous tapotons des doigts dessus.

Je ne sais pas si je sens ton intention mais ma colonne est prête quand tu touches mes membres. Mon bassin prend des décision de capitaine de bateau. Bâbord, Tribord! Le coccyx en figure de proue. Ma tête suit comme une queue.


Trop de toucher, marée montante.

Je ris pour respirer encore mieux.


Mes yeux sont touchés par tes yeux qui scintillent et tout mon corps disparaît d'un seul coup.

Puis le poids revient. Ma masse se pose sur les leviers, pilastres, échafaudages d'os et de bois, tous en mouvement.

Je suis en mode de survie. Le minimum est énorme.

Ca fait longtemps. Non, c'est nouveau!

Je ne sais pas mais mes rotules glissent pour nous sur le sol.


Trop devient tout devient là. Je ris.

C'est plein de textiles et d'air, cette danse!


Tu tires et tu pousses. Tout mon corps n'est pas présent à cela mais une partie seulement.. puis, le tout vient.

Une partie, puis le tout. Tout ne peut pas être là. Je viens de loin. J'essaie d'arriver entière ici.


Tes doigts dans mes omoplates, tu téléguides mes bras.

Comme je les vois bouger, je leur ouvre ma gorge et les bras rugissent.

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THERE IS NOTHING TO HOLD FROM THE PAST 

En mars 2020, débute une période de peur et de distanciation sociale.. mais aussi, pour moi, un moment de recueillement et d'écoute intérieure où je m'intéresse aux femmes blessées au sein de ma famille. Bondissant un soir hors de mon bureau, camera à la main. Je me suis permise, juste en face de ma maison, dans ma rue, ce temps où hantise et libération semblent évoluer main dans la main. Une partie de ce matériau sera présent, un an plus tard, dans la création de Vestiges.



Turning Pages // 2019

En décembre 2019, je laisse une liste aléatoire de musiques et ma caméra tourner. Mon propos était de simplement d'improviser. Ci-dessous, un extrait de cette matinée d'improvisation avec ce  morceau faussement répétitif du saxophoniste Mark Turner. Est-ce qu'une improvisation peut elle aussi user de la même stratégie ? J'essaie de ne pas me répéter tout en rencontrant de mêmes formes. J'essaie de modifier le rythme en usant exactement des mêmes formes. C'est un très bon exercice.



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Just One more journey in Not-Knowing // 2019

Au cours de deux semaines de pratique du Contact Improvisation auprès de Joerg Hassmann à Berlin,  Andy Kilian et moi nous sommes offerts une impro face camera avec en tête l'idée de ne jamais se quitter, de prendre notre temps, de ne rien savoir, de ne rien vouloir. Curieusement, on ne s'est pas ennuyés.

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Dada Danse // 2019

A quoi ressemble de la danse contact quand la différence de taille et de poids est... énorme? Ça donne encore plus d'écoute et de rigolades! J'ai un plaisir immense à travailler avec cette différence, ce grand écart. Ces moments d'explorations me permettent de développer une pédagogie personnelle et accessible pour les parents et leurs enfants intéressés de jouer, de rebondir, de rouler et voler ensemble. Vivement le printemps et l'été prochains pour s'offrir des Dada Danses!

    
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Trio EXPLORATION // 2017

Seul, je suis un point. A deux nous sommes un plan. A trois, nous sommes un volume plus ou moins profond, plus ou moins vibrant, plus ou moins intègre. Avec la complicité de Raoul Germano et de Charles le Maire, une expérience du trio qui montre les rapports de force en même temps que de formes pures de spatialisation.



An Unscored Meeting // 2017

Une improvisation en duo avec Raoul Germano. Comment sommes-nous redondants? Que se passe-t-il si on attend? Si on ne fait rien de spécial. Raoul Germano a un don inné pour la drôlerie. Lui ouvrir l'espace en ajoutant quasi rien lui donne tout le loisir de placer l'absurde nécessaire pour garder l'improvisation ouverte. J'ai trouvé intéressant, après coup, d'ajouter une petite musique de fond, pleine de bon ton et de retenue, contrastant avec l'improvisation elle-même.



She wishe he was here, there, inside and out //2016

Travail de champ lexical autour de l'attente d'un enfant, du désir et de la solitude. Cette soirée d'exploration au Studio Mutin à Bruxelles a vu émerger de nombreux gestes qui ont ensuite nourri l'improvisation filmée dans mon film Jubilee.



A Ray of LIght // 2015

Le soir du 24 décembre 2015, dans un studio plongé dans la pénombre, un petit solo improvisé sur Fratres d'Arvo Part. En voici un extrait. Mon propos ici est d'interroger l'image. D'où ce choix d'un flou infrarouge. Aussi, j'ai choisi un éclairage plutôt pauvre mais très intéressant dans ses effets d'ombres : une lampe posée à ras du sol, traçant un rayon de lumière. Ce rayon de lumière est aussi, à l'époque de cette improvisation, un thème dans ma danse, entre espoir et nécessité de mémoire. Cette technique d'éclairage sera utilisée, 5 ans plus tard pour Vestiges.


ZIEGLER LETTERS // 2015

Le concept est simple. C'est celui de l'urgence de danser et de communiquer. Enregistrer un solo improvisé de 8 minutes. Ce solo est une lettre. C'est un message adressé à quelqu'un alors que les mots vous manquent. Une fois le solo enregistré, on se précipite chez soi pour monter les images en moins d'une heure et expédier le message. Voici une Ziegler Letter, enregistrée tout juste à la sortie de mon travail, au pied de la Commission Communautaire Française, face au skyline du quartier nord de Bruxelles.


Parc du CInquantenaire // 2015

L'air de rien, nous nous glissons.

Sur une voix. Sur une voie.

L'architecture est notre scène.

La lumière, le vent, la pluie, les inconnus qui passent par là.

Tous sont les lignes de la partition. 

[Montage vidéo en préparation]

  

 



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